Retour sur la rencontre autour des pédagogies actives à l’ESPGG

A l’occasion de la CLISE 2017 (CLasse Inversée : la SEmaine !), organisée par l’association Inversons la classe !, TRACES et le projet ENGAGE organisaient un apéro-rencontre  autour des pratiques pédagogiques actives, le vendredi 3 février à 17h, à l’Espace des Sciences Pierre-Gilles de Gennes à Paris. Voici un  résumé des échanges qui ont eu lieu à l’occasion de cet événement qui réunissait 4 intervenants :

Damien, enseignant de physique chimie dans un lycée parisien et membre de l’association Inversons la classe! est venu présenter sa pratique de la classe inversée. Il travaille en classe inversée dans toutes ses classes et c’est pour lui une des méthodes pour rendre ses élèves acteurs de leur apprentissage.

 

Multiplicité des classes inversées
Damien commence sa présentation par demander aux participants : « Qui pratique la classe inversée ? et Qu’est ce que la classe inversée? » Dans l’assistance, deux enseignantes la pratiquent déjà et ne partagent pas la même définition de la classe inversée. C’est d’ailleurs ce que confirme Damien: il n’y a pas une mais des classes inversées, autant qu’il y a d’enseignants. Une des idées qui revient souvent est que la classe inversée utilise forcément des outils vidéos ou les TICE, ce qui n’est selon lui pas obligatoire même si 95% des enseignants en classe inversée le font. Il cite notamment Marcel Lebrun qui explique ce concept de pluralité des classes inversées (Plus de détails sur cette vidéo). Si elles sont multiples, les classes inversées peuvent tout de même être regroupées par types. Le type 1 est ce qu’on appelle la classe translatée: l’élève effectue les tâches simples à la maison et les tâches complexes en classe, c’est en général grâce à ce genre de pratique que les enseignants débutent en classe inversée. Le type 2 est basé sur la démarche de projet et la mutualisation par groupe/le débat en alternant contextualisation des apprentissages puis décontextualisation pour enfin recontextualiser et appliquer les connaissances à d’autres situations. Le type 3 est un mélange des 2 précédents types.

 

Pour avoir adopté la classe inversée ?
Damien a fait le constat que ses élèves étaient peu actifs en classe et qu’ils manquaient d’intérêt pour les cours. Il trouvait aussi anormal que l’enseignant soit plus actif que ses élèves. La classe inversée lui permet aujourd’hui d’être beaucoup plus à l’écoute de ses élèves pendant les heures de cours et même si le travail de préparation des séance est plus long (4 à 5 fois plus), le comportement des élèves change du tout au tout. Il a commencé par utiliser des vidéos préparées par d’autres enseignants avant de se lancer dans ses propres vidéos et utilise l’outil Socrative pour créer des QCM en ligne, fait travailler ses élèves par îlots de 3 ou 4.  Il voit un véritable impact de la classe inversée sur la motivation des élèves. Selon lui, elle permet aux élèves d’obtenir un sentiment d’utilité (ils utilisent ce qu’ils apprennent), d’expertise (les connaissances sont adaptées et abordables en fonction des groupes) ainsi que d’autonomie (les élèves peuvent travailler à leur rythme). Ce n’est plus l’enseignant qui transmet le cours ce qui lui permet de retrouver un sentiment d’utilité en permettant aux élèves d’avancer à leur propre rythme et créé une relation particulière avec eux grâce à un rôle d’accompagnant.

 

Comment suivre les élèves de manière individuelle ? Il n’y a plus de correction au tableau, l’enseignant passe dans les groupes pour s’assurer que tout le monde a bien compris ainsi qu’un tableau de suivi pour chaque groupe/élève. Le travail par groupes de niveau sur des exercices permet d’améliorer la rigueur, la rédaction ainsi que le travail en équipe. Les exercices sont proposés par thème/par niveau. Les groupes sont formés grâce aux résultats des QCM. Il propose aussi à ses élèves des défis d’équipe pour lesquels les équipes ne changent pas d’une semaine à l’autre contrairement aux séances ordinaires. Cela peut être des projets sur plusieurs mois au cours duquel les élèves doivent mener l’enquête sur un thème particulier en utilisant les connaissances du cours.

 

Qu’en pensent les élèves ? Cette méthode est très appréciée des élèves qui ont des résultats moyens ou bons. Certains ont même doublé leur moyenne en passant à la classe inversée. Les élèves qui ont les meilleurs résultats sont en général plus réticents car cela les oblige à travailler ! Si les élèves s’investissent dans le processus, en général ils réussissent à améliorer leurs résultats, mais même en classe inversée, si un élève n’est pas investi ou en très grande difficulté, les résultats ne seront pas miraculeux.

 

Comment se passent les inspections ?
Globalement, les inspecteurs d’académie ou inspecteurs pédagogiques régionaux sont  tout à fait favorables aux pédagogies actives et encouragent les enseignants qui les pratiquent.
Pour en savoir plus sur la classe inversée

 

Claire est médiatrice scientifique pour l’association TRACES. Elle présente le projet Engage qui est un projet européen porté par un consortium de 14 partenaires (universités, association, institut de formation des enseignants, …) de 13 pays différents coordonné par l’Université de Sheffield au Royaume-Uni. Il s’inscrit dans le volet « Science en société » du programme de promotion de la recherche et de l’innovation responsable (RIR) de l’Union européenne. ENGAGE cherche à aider les nouvelles générations à s’impliquer dans les enjeux des sciences en changeant la manière dont les sciences sont enseignées. Une approche à travers le prisme de la recherche et l’innovation responsable  aborde, elle, les zones incertaines de la connaissance, où les valeurs et les arguments ont autant d’importance que les faits. 
Objectifs  et outils du projet
Le projet se base sur trois actions différentes : La formation des enseignants grâce à des formations en présentiel ou des cours en ligne et des ressources/séquences pédagogiques pour la classe, gratuites, libres de droit et entièrement modifiables. Plus de 30 ressources sont actuellement disponibles sur le site internet et permettent aux enseignants de physique/chimie, de sciences de la vie et de la terre mais également de français et d’histoire/géographie, d’aborder des sujets autour de l’actualité des sciences, son impact sur la société et la vie quotidienne des citoyens. Les compétences qui peuvent être développées par les apprenants dans ce projet sont nombreuses : Réflexion sur l’éthique, critique des sources d’informations, démarche d’investigation et de projet, la discussion/le débat, le dilemme, l’argumentation et la résolution de problèmes. Le site internet francophone d’Engage est basé sur une communauté plus de 1300 inscrits dont 1000 en France métropolitaine. Les ressources pédagogiques peuvent être également téléchargées dans de nombreuses langues : anglais, allemand, grec, lituanien, norvégiens, roumain, espagnol et même en hébreu ! Chaque ressource est créée sur le même modèle en 3 phases : la phase d’engagement qui permet de capter l’attention des élèves et lors de laquelle leur est présenté le dilemme de la leçon, la phase d’analyse et d’informations pendant laquelle ils vont aborder des informations nouvelles autour des sciences mais aussi de compétences transversales et apprendre à les traiter de manière éclairée et enfin la phase de décision/restitution au cours de laquelle les élèves donnent leur avis sur le dilemme initial et apprennent à restituer leur point de vue grâce à des supports variés (vidéos, présentations orales, écrites etc…). 
Outils pour la démarche d’investigation et de projet
Ces ressources peuvent être très guidées, mais les enseignants ont aussi la possibilité de créer leurs propres projets. Pour cela, le projet fournit des ressources sur  la démarche d’investigation et de projet. C’est le cas du modèle des 5E qui fournit un cadre à la démarche d’investigation. Elle permet de visualiser les différentes étapes d’un cycle d’apprentissage. Un autre outil permet aux élèves d’être encadrés dans leur démarche de projet en classe, le tableau SVCA qui se trouve dans les ressources Engage : Il est constitué de 4 sections que les élèves doivent remplir pour avancer dans leur réflexion. Il peut être modifié et adapté selon la pratique des enseignants. 
Le cours en ligne Engage qui est disponible jusque fin février sur la plateforme Apolearn, fournit plus d’informations sur la démarche d’investigation et de projet mais aussi sur l’évaluation des compétences des élèves, l’utilisation du dilemme et de la discussion en classe, vous pouvez encore vous inscrire ici
Pour en savoir plus sur le projet Engage
Elena travaille pour la Fondation La Main à la Pâte, qui existe depuis 20 ans et traite du sujet des sciences et technologies à l’école. Au départ les actions de la fondation était concentrée sur le niveau primaire et se sont progressivement étendues au collège. Les actions de la fondation ne s’adressent pas directement aux élèves mais aux enseignants. Elle propose des formations (en ligne, en présentiel ou des formations hybrides), des ressources/outils pédagogiques (d’une séance à un programme sur plusieurs mois), un accompagnement des enseignants (des scientifiques sont à disposition des enseignants pour intervenir en classe par exemple). L’objectif étant de rapprocher la science vivante des activités de classe. Le réseau de la fondation est étendu et réunit des écoles, des collèges et des universités.
Ouverture de la démarche d’investigation
Quand on pense à la démarche d’investigation, on pense souvent à une ancienne version de la méthode scientifique (je fais une hypothèse, j’observe etc….). La fondation veut ouvrir cette démarche et proposer un enseignement à l’esprit scientifique et critique. Pour cela, il faut faire travailler les élèves sur les compétences de la vie de tous les jours en les aidant à évaluer des informations, à apprendre à observer, à argumenter, à évaluer les compétences des autres.  Des séquences d’activités sont proposées pour travailler sur ces compétences avec des mises en situation concrètes. Elena prend l’exemple d’une publicité pour un essuie-tout qui peut être le point de départ d’un questionnement et d’un projet entier pour des élèves : comment fait l’essuie tout pour absorber autant d’eau et est-ce vraiment possible? L’enseignant devient alors un facilitateur. Il permet aux élèves de passer d’un niveau naïf à un niveau expert, de les aider à devenir les co-constructeurs de leurs savoirs et de leurs compétences.
Pour en savoir plus sur La Fondation La Main à la Pâte

Katarina travaille au laboratoire citoyen Synlab qui vise à outiller et accompagner les enseignants dans leurs projets pédagogiques. Ils proposent des formations, des ressources et un accompagnement des enseignants de tous les niveaux et disciplines. Elle commence sa présentation en posant la question suivante aux participants: « Quelles sont les compétences pour réussir sa vie?« . Vaste question qui peut être comprise de manière différente et très subjective. Intelligence émotionnelle, patience, créativité, confiance en soi, esprit critique, discernement, coopération, ouverture, empathie … font partie des réponses citées. Tous ces termes font référence à des compétences interdisciplinaires qui doivent être plus développée à l’école. Mais comment rendre les élèves acteurs de leur apprentissage? Comment fait-on pour avoir envie? Pour Synlab, les élèves et les enseignants doivent apprendre à avoir confiance en eux.

Le projet Bâtisseur de possibles
C’est donc ce qu’essaye de mettre en oeuvre le projet Bâtisseur des possibles. Des projets dans lesquels la réalisation finale n’est pas un but en soi mais c’est toute la démarche pour y arriver qui en est le cœur.
Elle prend l’exemple d’un projet de jardins réalisé en Guyane. Les élèves souhaitaient créer un jardin potager dans l’école, mais après s’être renseignés, ils apprennent que d’autres tentatives ont déjà été effectuées dans le passé et qu’elles ont été toutes infructueuses car la terre du jardin de l’école est peu fertile. Ils se posent la question : comment pourrait-on planter des fleurs dans une terre pauvre? Des sorties pédagogiques sont organisées pour rencontrer différents experts dans le domaine. Les élèves effectuent aussi des recherches sur internet. Puis ils passent à l’action et créent le jardin qui devient un investissement de la classe mais aussi de toute l’école. Ce projet a permis aux élèves de retrouver la confiance et la motivation. L’enseignant qui a monté ce projet avec sa classe a suivi une démarche interdisciplinaire appelée démarche de « Design Thinking » ou « Design for change » qui comprend 4 étapes : identification du problème, imaginer une solution, réalisation de la solution, partager son expérience. Pour mettre en place cette démarche, Synlab propose un accompagnement des enseignants grâce à une application mobile, un site web, une box d’outils physiques, un accompagnement humain ainsi que l’aide d’une communauté de pairs.
En savoir plus sur Synlab et le projet Bâtisseurs de possibles

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